Dans un petit village d’Andalousie, le maire attribue les postes vacants d’employés communaux par tirage au sort, histoire de ne pas être suspecté de favoritisme.

Les sommes colossales qui sont
consacrées en Espagne aux jeux de hasard prouvent que l’espagnol est joueur. Il
l’est d’autant plus que la crise économique frappe durement son pays.
Tout (ou presque) est désormais remis
entre les mains du hasard. On le constate lorsque l’on comprend qu’un maire
d’Andalousie embauche depuis quelques mois ses employés communaux au terme
d’une procédure de tirage au sort. Joueur, l’espagnol est aussi démonstratif et
amateur de spectacles au point d’accepter que ce processus d’embauche soit
filmé et diffusé à la télévision locale. L’incongruité de cette procédure est
telle qu’elle a fait le buzz sur Internet. Les journalistes américains,
toujours friands des bizarreries de la vieille Europe ont consacré de nombreux
reportages à cette initiative, somme toute marginale.
Le New York Times, en personne, est
venu enquêter sur place pour chercher à comprendre pourquoi les espagnols en
étaient arrivés là. La crise économique qui frappe durement la péninsule ibérique
et notamment la région de Malaga où se situe la commune d’Alameda (50 000
habitants) explique en partie ce loto du travail.
Dans ce secteur d’Andalousie, une
personne sur deux en âge de travailler est au chômage. Trouver là-bas un emploi
est une chance inouïe et qui dit chance dit jeu de hasard.
De son côté, le maire d’Almeda, Juan
Lorenzo Pineda Claverias, justifie sa démarche comme étant une réponse aux
suspicions dont la classe politique espagnole fait l’objet. Plusieurs affaires
de corruption retentissantes ont jeté l’opprobre sur les élus en haut comme en
bas de la pyramide.
Pour qu’il ne soit pas dit qu’à Almeda
le maire appliquait la règle du copain-coquin dans l’attribution des rares
emplois communaux, il a préféré le faire avec ce système de tirage au sort, en
toute transparence.
L’opération se déroule une fois par
mois au grand jour afin que personne ne puisse dire que le jeu est truqué. Juan
Lorenzo plonge sa main dans une urne pour tirer les bulletins des heureux
gagnants parmi des centaines de postulants aux postes à pourvoir. Certains
d’entre eux acceptent d’être présents le jour de ce tirage au sort, en plateau,
sous l’œil des caméras de la télévision locale. Cela donne à cette loterie un
côté télé-réalité qui a choqué nos amis américains pourtant habitués à ce type
de show.
Contrairement aux habituels gagnants de
tombola filmés en direct, les chômeurs qui apprennent sur le plateau qu’ils ont
décroché le gros lot, en l’occurrence un emploi, ne manifestent aucune joie
débordante. Ils réagissent avec beaucoup de pudeur, connaissant trop la
détresse des malheureux perdants qui n’ont pas eu leur chance.
Le Pôle emploi espagnol n’a pas cherché
à critiquer cette concurrence déloyale, trop occupé qu’il est à trouver des
emplois à ceux qui n’en ont pas. Quant à l’opinion publique, elle semble elle
aussi résignée.
Cette méthode est-elle appelée à se développer ?
La formule se limite à l’embauche de travailleurs non qualifiés, les emplois offerts ne nécessitant aucune formation particulière pouvant ainsi faire l’objet d’un tirage au sort. Quelques exemples venus d’ailleurs sont à rapprocher de cette initiative espagnole. En 2009, une chaîne de supermarché italienne avait, à l’occasion de son anniversaire, organisé une loterie pour les clients de ses 59 supermarchés. Pour 30 € d’achat, les clients pouvaient remporter l’un des dix CDD d’un an pour occuper des postes de magasinier ou de cariste. L’histoire ne dit pas si les salaires étaient eux aussi… en solde !





