La ONCE, la cécité fait loi !

En Espagne, depuis la fin des années 30, la ONCE, un organisme à but non lucratif, vient en aide aux déficients visuels. Les jeux de hasard financent ses actions.

once

Quand on n’est pas espagnol, de la ONCE on connaît l’équipe de coureurs cyclistes qui fît les beaux jours du Tour de France durant la période 1989/2003. Laurent Jalabert ou Alex Zülle ont couru sous ses couleurs… jaunes.

Quand on visite les grandes villes espagnoles, on remarque aussi les kiosques ONCE avec leurs allures de cabines téléphoniques britanniques et quand on est joueur on a forcément entendu parler de son célèbre « coupon » de loterie.

La ONCE (Organización Nacional de Ciegos Espagñoles) ce qui traduit en français donne Organisation National des Aveugles Espagnols, a été fondée le 13 décembre 1938 par celui que l’Espagne cherche aujourd’hui à oublier, Francisco Franco. Il était déjà général mais pas encore Caudillo (il s’attribuera ce titre en 1939). La création de la ONCE s’est faite par l’agrégation de toutes les associations et oeuvres de charité venant en aide aux aveugles. A l’époque, la guerre civile était sur le point de s’achever et les soldats qui ont perdu tout ou partie de la vue au cours des combats, se comptent par milliers et s’ajoutent aux autres aveugles. Pour financer les actions destinées à faciliter leur retour à la vie civile, le régime franquiste a confié à la ONCE le soin d’organiser une tombola avec la vente de « cupón ». En France un dispositif similaire avait été instauré pour venir en aide aux victimes de la guerre 14/18. C’est dans les années 30 que la Loterie Nationale lancera un tirage resté célèbre, celui des « Gueules cassées », appellation terrifiante sachant qu’elle se réfère à l’état physique de nos soldats d’alors.

Comme beaucoup de ces institutions à vocation caritative, la ONCE a longtemps considéré comme contraire à ses principes de se préoccuper de business et même de gestion. Les méthodes dignes d’un patronage ont subsisté jusqu’au début des années 80. C’est alors qu’une nouvelle équipe est arrivée à la direction de cet organisme. Un grand coup de balai a été donné pour le dépoussiérer, des dirigeants historiques ont été remerciés afin d’apporter de la démocratie, de la transparence dans son fonctionnement et aussi de l’efficacité.

La ONCE possède avec les différents jeux, dont elle a le monopole, des ressources quasi inépuisables. Bien gérées (l’Etat exerce sa surveillance), celles-ci permettent à la ONCE de posséder aujourd’hui des centres de formation et d’emploi, une école de téléphonie, une Université de physiothérapie, des centres éducatifs, des services sociaux de réhabilitation, des bibliothèques en braille et sonores. Au cours des deux dernières décennies, les services sociaux pour les personnes aveugles et mal voyantes ont été crées ou améliorés. A l’heure actuelle la ONCE a créé plus de 113 000 emplois directs ou indirects et renforcé l’autonomie de quelques 68 000 personnes aveugles et déficientes visuelles graves. Le produit des jeux permet de faire fonctionner cette quasi entreprise. On recense près de 22 000 revendeurs des produits de la ONC et il est un jour dans l’année où ils enregistrent un montant de paris record, c’est le 15 août fête de Marie, preuve que l’on est bien en Espagne !

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